Droit des étrangers au Maroc
La Loi 02-03 du 11 novembre 2003 (réformée en 2016 et 2024) régit l'entrée, le séjour et l'établissement des étrangers au Maroc. Le Maroc a mené plusieurs régularisations massives depuis 2014.
Le droit des étrangers au Maroc est principalement codifié dans la Loi 02-03 du 11 novembre 2003 (Dahir n° 1-03-196), relative à l'entrée et au séjour des étrangers au Royaume du Maroc, à l'émigration et à l'immigration irrégulière. Cette loi a été modifiée par la Loi 65-15 de 2016 (qui a créé la carte de résidence de 10 ans) et par la Loi 39-23 de 2024 (qui a renforcé les droits des étrangers réguliers et créé de nouveaux types de cartes).
Le Maroc a adopté une stratégie nationale d'immigration et d'asile en septembre 2013, fondée sur les recommandations du CNDH (Conseil National des Droits de l'Homme). Cette stratégie a abouti à deux opérations de régularisation massive : en 2014 (25 000 régularisations sur 27 000 demandes) et en 2016 (28 000 régularisations).
Le Maroc a également ratifié la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés (1956) et son Protocole de 1967 (1971). Le Bureau des Réfugiés et Apatrides (BRA, créé en 1957) instruit les demandes d'asile. Une loi sur l'asile est en cours d'adoption depuis 2013 (avant-projet 20-13).
The Legal Seed vous propose un guide complet du droit des étrangers au Maroc : visa, carte de séjour, carte de résident, naturalisation, mariage mixte, accès à la propriété, accès au travail, asile. Chaque section cite les articles exacts et les procédures administratives.
1. Entrée et visa au Maroc
L'entrée au Maroc est régie par la Loi 02-03 (art. 2 à 20) et les conventions internationales. Les conditions varient selon la nationalité.
Les régimes d'entrée :
- Ressortissants de l'Union Européenne (27 pays) : 90 jours sans visa
- États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande : 90 jours
- Turquie : 90 jours (accord bilatéral)
- Tunisie, Algérie, Mali, Sénégal (ressortissants) : 90 jours
- Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar : 90 jours
- Total : 67 nationalités dispensées de visa
- Visa de transit (24 à 72 heures)
- Visa de court séjour (90 jours maximum)
- Visa de long séjour (plus de 90 jours, pour études, travail, regroupement familial)
Les pièces requises pour le visa classique :
Les motifs de refus d'entrée (art. 5 à 7) :
Le refus d'entrée est notifié par écrit, avec mention des voies de recours. L'étranger peut contester devant le tribunal administratif (art. 8) dans les 24 heures.
Le délai de séjour autorisé est indiqué sur le tampon d'entrée apposé par la police aux frontières (généralement 90 jours). Le dépassement est sanctionné par :
La sortie du Maroc est libre (art. 9). Toutefois, l'étranger doit être en situation régulière. Le non-paiement de l'amende pour dépassement entraîne l'interdiction de sortie jusqu'au paiement.
67 nationalités sans visa
UE (27), États-Unis, Canada, Turquie, pays du Golfe, certains pays africains. Séjour 90 jours. Visa électronique disponible pour 180 nationalités depuis 2023.
Dépassement de séjour : 1 000 à 5 000 MAD
Amende administrative (art. 51 Loi 02-03). Expulsion possible. Interdiction de revenir 1 à 5 ans. Prison en cas de récidive.
Sources juridiques :
2. Le séjour des étrangers (Loi 02-03)
Le séjour des étrangers au-delà de 90 jours nécessite une carte de séjour (ou carte de résident). La Loi 02-03 (modifiée en 2016 et 2024) prévoit plusieurs types de cartes.
Types de cartes de séjour :
- Salarié (art. 19 al. 1) : contrat de travail visé par l'ANAPEC
- Profession libérale (art. 19 al. 2) : inscription à l'ordre professionnel
- Étudiant (art. 19 al. 3) : inscription dans un établissement agréé
- Regroupement familial (art. 19 al. 4) : conjoint et enfants mineurs d'un étranger résident
- Retraité (art. 19 al. 5) : justifiant d'une pension
- Investisseur (art. 19 al. 6) : investissement ≥ 1 million MAD
Les conditions d'obtention (art. 19 et 21) :
La procédure (art. 22) :
Le renouvellement se fait 2 mois avant l'expiration (art. 23). Les pièces sont les mêmes, complétées des justifications de l'année écoulée (avis d'imposition, contrats en cours).
Le regroupement familial (art. 27 à 35) :
Le retrait et la non-renouvellement (art. 25 et 26) : la carte peut être retirée pour :
L'expulsion (art. 21 et 25) : décision du Ministre de l'Intérieur, après avis de la commission de recours. Possibilité de recours devant le tribunal administratif dans les 30 jours. L'expulsion est interdite dans les cas suivants (art. 26) :
Les statistiques (Ministère de l'Intérieur, 2023) :
Carte d'immatriculation : 10 ans
Depuis la réforme de 2016, la carte d'immatriculation (ex-carte de résident) est valable 10 ans. La carte de résidence de longue durée (2024) : 20 ans.
Regroupement familial élargi
Depuis 2016 : conjoint + enfants mineurs + ascendants à charge. Conditions : résidence 1 an, ressources ≥ 4x SMIG, logement adapté.
Sources juridiques :
3. Le travail des étrangers au Maroc
Le travail des étrangers au Maroc est régi par le Code du Travail (Loi 65-99), la Loi 02-03 sur les étrangers, et la Loi 79-13 du 23 octobre 2016 sur l'emploi des étrangers. Tout travailleur étranger doit obtenir une autorisation de travail (ou convention ANAPEC).
Le principe (art. 1 Loi 79-13) : tout employeur souhaitant recruter un étranger doit d'abord solliciter l'ANAPEC (Agence Nationale de Promotion de l'Emploi et des Compétences) pour vérifier qu'aucun candidat marocain ne peut occuper le poste. La procédure est appelée « test du marché du travail ».
Les exceptions (art. 2 Loi 79-13) :
La procédure d'autorisation de travail :
Le contrat de travail d'un étranger doit contenir des clauses spécifiques :
Le renouvellement se fait 2 mois avant l'expiration. L'employeur doit justifier du paiement des cotisations CNSS et de l'absence de candidat marocain pour le poste.
Le travail indépendant des étrangers :
Le travail saisonnier (art. 6 Loi 79-13) : autorisation temporaire de 6 mois renouvelable une fois (max 9 mois/an), principalement pour l'agriculture, le tourisme, les chantiers. Délivrée sur contrat spécifique.
Les sanctions pour travail irrégulier :
L'égalité de traitement (art. 9 Loi 79-13) : l'étranger en situation régulière bénéficie des mêmes droits que le travailleur marocain (salaire, congés, CNSS, AMO, accidents du travail). La convention collective s'applique.
Le contentieux du travail des étrangers est porté devant le tribunal social (Loi 65-99, art. 349). L'étranger peut saisir le tribunal même en l'absence d'autorisation de travail (jurisprudence Cour de Cassation 2018).
Le plafond d'emplois étrangers dans les entreprises :
Les statistiques (ANAPEC, 2023) :
Salaire minimum étranger : SMIG + 25%
L'employeur doit verser à l'étranger un salaire au moins égal au SMIG + 25 % (art. 5 Loi 79-13). Sauf exceptions (chercheurs, professeurs).
Test du marché du travail
L'employeur doit publier l'offre à l'ANAPEC pendant 30 jours. Sans candidat marocain, autorisation possible. Exceptions : marié à Marocaine, né au Maroc, réfugié.
Sources juridiques :
4. Naturalisation et nationalité marocaine
La naturalisation et l'attribution de la nationalité marocaine sont régies par le Code de la Nationalité (Dahir n° 1-58-250 du 21 août 1958), modifié par la Loi 37-12 du 26 mai 2007 (qui a permis la transmission par la mère) et la Loi 62-19 de 2022.
Les modes d'acquisition de la nationalité marocaine :
- Père marocain : l'enfant est marocain, quelle que soit la nationalité de la mère
- Mère marocaine (depuis 2007) : l'enfant est marocain, même si le père est étranger
- Naissance au Maroc de parents inconnus (art. 7)
- Mariage avec un(e) Marocain(e) (art. 10) : la femme étrangère mariée à un Marocain peut demander la nationalité par déclaration après 2 ans de mariage et de résidence régulière. La réforme de 2007 a étendu ce droit à l'homme étranger marié à une Marocaine (mais condition de résidence de 5 ans).
- Mineur (art. 13) : l'enfant mineur dont l'un des parents acquiert la nationalité marocaine peut en bénéficier par déclaration.
- Résidence régulière au Maroc depuis 5 ans minimum
- Âge : 21 ans révolus
- Bonne moralité : casier judiciaire vierge
- Ressources suffisantes : activité professionnelle ou patrimoine
- Intégration : maîtrise de la langue arabe, connaissance de la culture marocaine
- Sanité mentale : certificat médical
La procédure de naturalisation :
Le délai moyen est de 18 à 36 mois. Le taux d'acceptation est d'environ 35 % (statistiques MJ 2023).
Les effets de la naturalisation :
La perte de la nationalité marocaine (art. 32 à 41) :
Le contentieux de la nationalité est porté devant le tribunal de première instance (juridiction civile). Le ministère public peut contester la nationalité. La décision est susceptible d'appel et de cassation.
Le double effet de la nationalité marocaine pour les enfants (art. 26 Code de la Nationalité) : les enfants mineurs d'un parent naturalisé marocain peuvent obtenir la nationalité par déclaration, sans condition de résidence. La demande doit être déposée dans les 2 ans suivant la naturalisation du parent.
Les statistiques (Ministère de la Justice, 2023) :
Naturalisation : 5 ans de résidence
Conditions : 5 ans résidence, 21 ans, bonne moralité, ressources. Décision par dahir royal. Délai moyen : 18-36 mois. Taux d'acceptation : 35%.
Réforme 2007 : transmission par la mère
La Loi 37-12 (2007) a permis la transmission de la nationalité par la mère marocaine à ses enfants. Et la naturalisation par mariage pour les hommes étrangers.
Sources juridiques :
5. Accès à la propriété pour les étrangers
L'accès à la propriété pour les étrangers au Maroc est régi par la Loi 02-03 (art. 21) et la réglementation des changes (Office des Changes). Le principe est la liberté d'acquisition, sous certaines conditions administratives.
Le principe (art. 21 Loi 02-03) : l'étranger peut acquérir librement un immeuble à usage d'habitation au Maroc, quelle que soit sa nationalité. Aucune autorisation préalable n'est requise pour les biens urbains à usage d'habitation.
Les restrictions :
La procédure d'acquisition :
Le financement :
La revente et le rapatriement des fonds :
L'usufruit et la location :
La fiscalité des étrangers propriétaires :
Le programme "Retraite sans souci" :
Les cas particuliers :
Le dispositif "Résidence secondaire" :
Habitat libre, agricole interdit
Acquisition libre pour l'habitation. Interdiction pour les terres agricoles (Loi 19-84) et zones militaires. Autorisation Office des Changes pour importation de devises.
Retraite sans souci : -80% d'IR
Retraités étrangers transférant leur pension au Maroc : abattement de 80% sur l'IR (art. 86-IV CGI). Condition : résidence 6 mois/an.
Sources juridiques :
6. Mariage mixte au Maroc
Le mariage mixte entre un Marocain et un étranger au Maroc est régi par la Moudawana (Code de la Famille, Loi 70-03), la Loi 02-03 sur les étrangers, et le Code de la Nationalité. C'est un acte juridique complexe qui nécessite des formalités spécifiques.
Les conditions du mariage mixte (art. 27 Moudawana) :
La procédure du mariage mixte :
- Passeport valide
- Acte de naissance légalisé
- Certificat de célibat ou de non-remariage (légalisé et traduit en arabe)
- Casier judiciaire du pays d'origine
- Certificat médical prénuptial (délivré par un médecin marocain agréé)
- Certificat de religion (pour les non-musulmans) : attesté par l'ambassade ou l'évêché
- Certificat de résidence au Maroc (carte de séjour)
- Autorisation parentale si l'étranger est mineur dans son pays
- Carte d'identité nationale
- Acte de naissance (livret familial ou acte individuel)
- Casier judiciaire
- Certificat médical prénuptial
- Autorisation parentale si mineur (rare pour les mariages mixtes)
Le Sadaq dans le mariage mixte :
Le régime matrimonial :
Les effets du mariage mixte sur la nationalité :
Les enfants issus d'un mariage mixte :
Le divorce dans le mariage mixte :
Le mariage mixte à l'étranger :
Les statistiques (Ministère de la Justice, 2023) :
Mariage mixte autorisé depuis 2004
Moudawana 2004 : femme marocaine peut épouser un non-musulman d'une religion du Livre (chrétien, juif). Acte Adoul obligatoire + autorisation procureur.
Rapt international d'enfant = délit
Article 478-1 Code Pénal : 1 à 5 ans de prison. Maroc a ratifié Convention de La Haye 1980 (entrée en vigueur 2010). Procédure de retour d'enfant possible.
Sources juridiques :
7. Asile et réfugiés au Maroc
Le droit d'asile au Maroc est régi par la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés (ratifiée par le Maroc en 1956) et son Protocole de 1967 (ratifié en 1971). Le Bureau des Réfugiés et Apatrides (BRA), créé en 1957, instruit les demandes d'asile.
Le cadre juridique :
La procédure de demande d'asile :
Les critères de la qualité de réfugié (art. 1 Convention de Genève) :
1. Race (groupes ethniques persécutés)
2. Religion (croyances ou pratiques)
3. Nationalité (appartenance ethnique)
4. Appartenance à un certain groupe social (femmes, homosexuels, caste, etc.)
5. Opinions politiques
Les catégories de protection :
Le principe de non-refoulement (art. 33 Convention de Genève) : le Maroc ne peut refouler un réfugié vers un pays où sa vie ou sa liberté serait menacée. Cette règle est absolue, sauf si le réfugié constitue un danger pour la sécurité du pays ou a commis un crime grave de droit commun.
Les droits des réfugiés au Maroc :
La stratégie nationale d'immigration et d'asile (septembre 2013) :
Le contentieux de l'asile :
Les statistiques (BRA, 2023) :
Le sort des migrants en situation irrégulière :
Convention de Genève ratifiée en 1956
Le Maroc est partie à la Convention de Genève 1951 et son Protocole 1967. Le BRA instruit les demandes. Constitution 2011 (art. 30) garantit le droit d'asile.
30 000 demandeurs d'asile depuis 2013
68% acceptés. Principales nationalités : Syrie (28%), Soudan (15%), Guinée (12%). Carte de réfugié : 3 ans renouvelable. Loi 20-13 sur l'asile en cours d'adoption.
Sources juridiques :
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