Droit fiscal au Maroc
Le Code Général des Impôts (CGI) regroupe l'IR, l'IS, la TVA et les droits d'enregistrement. Mis à jour chaque année par la Loi de Finances, c'est un pilier du droit marocain.
Le droit fiscal au Maroc est principalement codifié dans le Code Général des Impôts (CGI), institué par la Loi 38-07 de 2007 et révisé chaque année par la Loi de Finances (Loi 40-23 pour 2024, Loi 41-24 pour 2025). Le CGI regroupe quatre grands impôts : l'Impôt sur le Revenu (IR), l'Impôt sur les Sociétés (IS), la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) et les droits d'enregistrement.
Le Maroc perçoit également des taxes locales (taxe d'habitation, taxe des services communaux) régies par la Loi 47-06, des droits de douane (Code des Douanes de 1977), une contribution sociale de solidarité (CSS) sur les bénéfices des sociétés (2022), et une taxe sur les contrats d'assurance (Loi 17-99).
La fiscalité marocaine se caractérise par sa complexité ( CGI 2025 : 286 articles), sa fréquence de réforme (Loi de Finances annuelle), et sa recherche d'attractivité (zones franches, regimes préférentiels, conventions fiscales). Le Maroc a signé 54 conventions fiscales d'élimination de la double imposition, dont les principales avec la France (1971), l'Espagne (1979), les États-Unis (1977), le Royaume-Uni (1989), l'Allemagne (1973).
The Legal Seed vous propose un guide complet du droit fiscal marocain : IR, IS, TVA, droits d'enregistrement, taxes locales, contrôle fiscal, procédure de recours. Chaque section cite les articles exacts du CGI et la jurisprudence.
1. L'Impôt sur le Revenu (IR) au Maroc
L'Impôt sur le Revenu (IR) est régi par les articles 73 à 121 du CGI. Il s'applique aux revenus des personnes physiques, des sociétés de personnes (SNC, SCS), et des sociétés non passibles de l'IS (associations, etc.). L'IR est annuel et déclaratif.
Les catégories de revenus imposables (art. 75) :
Le barème IR 2025 (art. 94 CGI, modifié par LF 2025) pour les revenus salariaux et professionnels :
|---|---|
Une déduction forfaitaire de 30 % pour frais professionnels (art. 75) s'applique aux revenus salariaux, plafonnée à 30 000 MAD/an. La déduction pour situation familiale (art. 95) : 2 500 MAD/an pour le conjoint, 3 000 MAD/an pour le premier enfant, 3 600 MAD pour le 2e, 4 200 MAD pour le 3e, 4 800 MAD pour le 4e, 5 400 MAD pour le 5e et 6e.
Les cotisations CNSS et AMO sont déductibles du revenu imposable (art. 75). Les pensions de retraite bénéficient d'un abattement de 55 % sur la part transférée au Maroc (art. 86), et de 40 % sinon. Les retraités étrangers installés au Maroc bénéficient d'un abattement de 80 % (art. 86-IV, dispositif "Retraite sans souci").
La déclaration se fait en ligne sur le portail SimpLR de la DGI, avant le 1er mars pour les salaires, le 1er avril pour les professionnels, le 1er juin pour les revenus fonciers. Les revenus globaux inférieurs à 30 000 MAD/an sont dispensés de déclaration.
Le paiement se fait en trois tiers (art. 110) : 30 % avant le 31 mars, 30 % avant le 30 juin, 40 % avant le 30 septembre. Le solde (ou le remboursement) est régularisé après dépôt de la déclaration annuelle.
Barème IR 2025
Taux progressif 0% (0-30k MAD) à 38% (>200k). Abattement 80% pour retraités étrangers (art. 86-IV CGI).
Sources juridiques :
2. L'Impôt sur les Sociétés (IS) au Maroc
L'Impôt sur les Sociétés (IS) est régi par les articles 124 à 191 du CGI. Il s'applique aux sociétés de capitaux (SA, SARL, SAS), aux établissements publics, aux fondations, et aux GIE. Le taux normal d'IS au Maroc est de 31 % en 2025 (art. 124 CGI).
Les taux réduits d'IS (art. 124 CGI, LF 2025) :
La contribution sociale de solidarité (CSS) sur les bénéfices est due par les sociétés dont le bénéfice fiscal dépasse 5 millions MAD (art. 244-IX CGI, instaurée en 2022). Le taux est progressif :
La minimum d'IS (art. 144) est de 0,5 % du chiffre d'affaires brut (1 % pour les entreprises de services, 0,25 % pour les constructeurs immobiliers). Le minimum d'IS est dû même en l'absence de bénéfice. Il est plafonné à 3 000 MAD pour les entreprises dont le CA < 2 millions MAD.
Les retenues à la source (art. 156 à 170) sont imposées au payeur sur certains revenus :
Les amortissements (art. 122 à 122-IV) : linéaire, dégressif (art. 122-III), accéléré pour certaines acquisitions. La provision pour investissement (art. 122-IV) : les entreprises peuvent constituer une provision exonérée d'IS, utilisée dans les 3 ans pour l'acquisition d'équipements.
Les reports déficitaires (art. 122-V) : les déficits sont reportables sur les 4 exercices suivants (art. 122-V). Le report en avant est limité au montant du bénéfice fiscal de l'exercice, plafonné à 70 % du bénéfice.
La déclaration se fait en ligne (Simp-IS) avant le 31 mars de l'année suivante. Les acomptes (art. 169) : 4 acomptes trimestriels de 25 % de l'IS de l'année précédente, payables avant le 31 mars, 30 juin, 30 septembre, 31 décembre.
Taux IS 2025
Taux normal : 31%. Export : 10% (5 ans) puis 17.5%. Minimum IS : 0,5% du CA. CSS si bénéfice >5M MAD (1,5 à 4,5%).
Sources juridiques :
3. La TVA au Maroc
La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est régie par les articles 192 à 282 du CGI. C'est un impôt sur la consommation, supporté par le consommateur final mais collecté par les entreprises. Le Maroc a adopté une TVA unique depuis 1986, en remplacement de la taxe sur les produits et services (TPS).
Les taux de TVA (art. 198 CGI, LF 2025) :
La réforme TVA 2024 (LF 2024-2025) introduit progressivement la TVA unique à 20 %, avec suppression des taux réduits sur 3 ans. Les produits de première nécessité (pain, farine, lait) restent exonérés.
Les opérations exonérées (art. 196) : ventes de produits agricoles (jusqu'en 2027), ventes de biens d'occasion, opérations bancaires (taxe spécifique), opérations d'assurance (taxe spécifique).
Le seuil d'assujettissement (art. 198) : toute personne réalisant un CA supérieur à 500 000 MAD/an est obligatoirement assujettie. En dessous, l'option est possible.
La déclaration se fait mensuellement (avant le 20 du mois suivant) pour les entreprises dont le CA > 1 million MAD, et trimestriellement pour les autres. Le paiement se fait par virement bancaire ou télé-règlement.
Le régime de la retenue à la source (art. 200) : pour les marchés publics, la TVA est retenue à la source par l'État (1,2 % du montant TTC, considéré comme TVA encaissée). Pour les marchés privés, la TVA est collectée directement par l'entreprise.
La récupération de la TVA sur les achats : la TVA déductible sur les achats B2B est récupérée par imputation sur la TVA collectée. Le crédit de TVA (art. 208) : si la TVA déductible dépasse la TVA collectée, le solde est reportable sur le mois suivant. Le remboursement est possible après 24 mois de crédit (art. 209).
Les opérations imposables sont définies à l'article 196. La base imposable comprend le prix, les frais accessoires, et les taxes (sauf la TVA elle-même).
Taux TVA 2025
Taux normal : 20%. Réduits : 14%, 10%, 7%, 2,5% (avocats/notaires). Exonération : 0% (export, zone franche).
Réforme 2024 en cours
La TVA unique à 20% sera progressive sur 3 ans. Produits de 1ère nécessité exonérés maintenus.
Sources juridiques :
4. Droits d'enregistrement au Maroc
Les droits d'enregistrement sont régis par les articles 129 à 187 du CGI. Ils sont dus sur certains actes et mutations à titre onéreux ou gratuit. Le taux varie selon la nature de l'opération.
Les principaux taux :
La taxe sur les profits fonciers (art. 121-III) : sur les profits immobiliers réalisés lors de la vente d'un immeuble. Le taux est de 20 % du profit, avec abattements en fonction de la durée de détention :
Le profit de capitaux mobiliers (art. 121-IV) : 15 % sur les gains de cession de valeurs mobilières (actions, obligations), avec abattement de 50 % pour les actions cotées en bourse détenues depuis plus de 5 ans.
La procédure d'enregistrement : l'acte doit être présenté à la Direction Générale des Impôts (DGI) dans les 30 jours de sa signature. Le paiement se fait en ligne ou au guichet. Un acte non enregistré dans les délais est frappé d'une pénalité de 15 % et d'intérêts de retard (5 % par mois, plafonnés à 50 %).
La conservation foncière : l'enregistrement est distinct de l'inscription à la Conservation Foncière (Tribunal de Première Instance), qui officialise le transfert de propriété. Les frais de conservation foncière sont de 1 % du prix de vente.
Vente immobilière : 4-6%
Vente d'immeuble : 4% si <350k MAD, 6% au-delà (art. 132 CGI). Plus conservation foncière 1%.
Sources juridiques :
5. Taxes locales au Maroc
Les taxes locales sont régies par la Loi 47-06 du 2 avril 2007 (remplaçant la Loi 30-89). Elles sont perçues par les collectivités territoriales (régions, préfectures, provinces, communes). Les principales taxes locales sont :
- Locaux à usage d'habitation principale : 0 % (exonération totale depuis 2015, reconduite chaque année par LF)
- Locaux à usage d'habitation secondaire : taux progressif 20 % à 60 % selon la valeur locative (art. 6)
- Locaux à usage professionnel : 13,5 % à 30 % (art. 7)
L'exonération de la TH pour l'habitation principale est en vigueur depuis 2015 et reconduite chaque année par la Loi de Finances. Elle a été prolongée par la LF 2025 jusqu'au 31 décembre 2026.
Les réductions de TH : biens situés dans les provinces du Sud (75 % de réduction), biens édifiés dans le cadre du programme social "Villes sans bidonvilles" (exonération 5 ans).
La déclaration de TH se fait par le propriétaire dans les 30 jours de l'acquisition, location, ou achèvement de la construction. Le recouvrement se fait par avis d'imposition adressé par la commune.
Le contentieux des taxes locales : réclamation préalable auprès du président de la commune dans les 30 jours de la réception de l'avis, puis recours devant le tribunal administratif (Loi 90-25) dans les 60 jours.
Habitation principale exonérée
La TH sur l'habitation principale est exonérée depuis 2015 (reconduite chaque année, prolongée jusqu'en 2026 par LF 2025).
Sources juridiques :
6. Contrôle fiscal et procédure au Maroc
Le contrôle fiscal est régi par le Livre de Procédures Fiscales (LPF) annexé au CGI (art. 200 à 251). Il définit les modalités de contrôle, de rectification et de recouvrement des impôts.
Les formes de contrôle :
La procédure de rectification (art. 220 à 230) :
Le délai de prescription est de 4 ans (art. 232) à compter de l'année de l'exigibilité de l'impôt. En cas de déclaration déficiente ou d'activité occulte, le délai est porté à 10 ans (art. 233).
Les sanctions :
Le droit à l'erreur (art. 232-1-V, instauré par LF 2019) : en cas d'erreur non intentionnelle corrigée spontanément, la pénalité est réduite à 5 %.
Les garanties du contribuable :
Le recouvrement (art. 233 à 251) : les impôts sont recouvrés par voie de rôle (avis d'imposition) ou par retenue à la source. Le commandement (art. 240) précède les saisies. Les saisies peuvent porter sur les comptes bancaires, les meubles, les immeubles.
Délai de prescription : 4 ans
Le contrôle fiscal peut porter sur 4 ans (10 ans en cas d'activité occulte). Les sanctions vont de 5% à 100%.
Sources juridiques :
7. Recours et contentieux fiscal au Maroc
Le contentieux fiscal au Maroc suit une procédure spécifique décrite aux articles 233 à 251 du LPF (CGI). Il comprend trois phases successives : réclamation préalable, recours devant le tribunal administratif, pourvoi en cassation.
Phase 1 : Réclamation préalable (art. 233 à 236) :
Phase 2 : Recours devant le tribunal administratif (art. 237 à 240) :
Phase 3 : Pourvoi en cassation :
Le sursis de paiement (art. 239) : en cas de réclamation, le contribuable peut obtenir un sursis de paiement s'il constitue des garanties (caution bancaire, hypothèque, dépôt d'argent). Le sursis couvre le principal mais pas les pénalités.
Le recours gracieux (art. 241 à 246) : indépendant du contentieux, il vise à demander la remise gracieuse des pénalités ou la remise totale/partielle de l'impôt. Il est adressé au Ministre des Finances. Le délai est d'un an à compter de la notification de l'impôt.
Le délai de prescription du recouvrement est de 4 ans (art. 232). L'administration doit recouvrer l'impôt dans ce délai, à défaut le contribuable est libéré.
Le comité fiscal (art. 233-1) : créé par LF 2019, il statue sur les désaccords persistants entre le contribuable et l'administration en matière de prix de transfert, d'évaluation d'actifs, de complexité juridique. Sa composition est tripartite : représentants de l'administration, professionnels (avocats, experts-comptables), et personnalités qualifiées.
Les alternatives au contentieux :
3 phases du contentieux fiscal
1) Réclamation DGI (60j). 2) Tribunal administratif (30j). 3) Cour Suprême (30j). Représentation par avocat obligatoire.
Sources juridiques :
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