Droit des affaires au Maroc
Le droit des affaires marocain régit la création d'entreprises, les contrats commerciaux, la propriété intellectuelle, la concurrence et les procédures collectives.
Le droit des affaires au Maroc est un ensemble de textes juridiques régissant l'activité commerciale et économique. Il comprend le Code de Commerce (Loi 15-95 de 1996, entrée en vigueur 1997), la Loi 5-96 sur les sociétés commerciales (modifiée par Loi 21-20 de 2021), la Loi 18-100 sur les baux commerciaux (2008), la Loi 17-97 sur la propriété industrielle (modifiée en 2014), la Loi 31-05 sur les prix et la concurrence, et la Loi 73-15 sur le redressement et la liquidation judiciaires (2018).
Le Maroc a entrepris plusieurs réformes majeures du droit des affaires ces dernières années : création de la SAS (Loi 21-20 de 2021, en vigueur 2022), réforme de la propriété intellectuelle (Loi 23-13), instauration du guichet unique de création d'entreprise (Loi 21-22 de 2021, portail entreprise.ma), simplification des procédures collectives (Loi 73-15).
Le droit des affaires marocain est largement harmonisé avec les standards internationaux : ratification des conventions de la Haye (arbitrage, immunités), accords de libre-échange (UE, États-Unis, Turquie, Émirats), adhésion à l'OMPI, à l'OMC (1995), et à la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf, 2019).
The Legal Seed vous propose un guide complet du droit des affaires marocain : sociétés, contrats commerciaux, baux commerciaux, propriété intellectuelle, concurrence, procédures collectives, arbitrage. Chaque section cite les articles exacts et la jurisprudence.
1. Les sociétés commerciales au Maroc
Les sociétés commerciales au Maroc sont régies par la Loi 5-96 du 14 mars 1997 (modifiée par la Loi 21-20 de 2021). La loi reconnaît 17 types de sociétés, dont les principales sont :
1. La SARL (Société à Responsabilité Limitée) — art. 39 à 96 Loi 5-96 :
2. La SA (Société Anonyme) — art. 19 à 161 Loi 5-96 :
3. La SAS (Société par Actions Simplifiée) — art. 1-1 à 1-4 Loi 5-96 (ajoutés par Loi 21-20 de 2021) :
4. La SNC (Société en Nom Collectif) — art. 4 à 18 Loi 5-96 :
5. La SCS (Société en Commandite Simple) — art. 162 à 192 Loi 5-96 :
6. Le GIE (Groupement d'Intérêt Économique) — art. 1 à 32 Loi 13-99 :
La création d'une société au Maroc se fait désormais via le guichet unique électronique (entreprise.ma, Loi 21-22 de 2021) :
Le délai moyen est passé de 21 jours (avant 2021) à 6 jours (après 2021). L'objectif du gouvernement est de passer à 1 jour en 2025.
La transformation d'une société en une autre forme est possible (art. 165 Loi 5-96). La fusion (art. 152 à 161 Loi 5-96) peut se faire par absorption ou création d'une nouvelle société.
La dissolution d'une société intervient pour les causes énumérées à l'article 245 Loi 5-96 : expiration du terme, réalisation de l'objet, annulation du contrat, décision des associés, jugement. La liquidation (art. 248 à 285) peut être amiable ou judiciaire.
Le transfert de siège à l'étranger ou vers le Maroc est possible (art. 17-1 Loi 5-96, ajouté en 2021). La Loi 21-20 a facilité la mobilité des sociétés à l'international.
Capital minimum sociétés
SARL : 10 000 MAD. SA : 75 000 (sans appel public). SAS : 1 MAD pratique. Création en 6 jours via entreprise.ma.
SAS = innovation 2021
Loi 21-20 (2021) a créé la SAS. Grande liberté statutaire, cible privilégiée des startups. Pas de board obligatoire.
Sources juridiques :
2. Les contrats commerciaux au Maroc
Les contrats commerciaux au Maroc sont régis par le Code de Commerce (Loi 15-95), le DOC, et la jurisprudence. Leur régime juridique diffère du droit civil sur plusieurs points : prescription plus courte (2 ans, art. 6 Code Commerce), preuve plus large (preuve par tous moyens), solidarité présumée entre codébiteurs.
Les principaux contrats commerciaux :
Les clauses courantes des contrats commerciaux :
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Prescription commerciale : 2 ans
Article 6 Code Commerce. Plus courte que la prescription civile (30 ans). Preuve par tous moyens entre commerçants.
Sources juridiques :
3. Le bail commercial au Maroc (Loi 18-100)
Le bail commercial au Maroc est régi par la Loi 18-100 du 14 mai 2008 (Dahir n° 1-08-91), entrée en vigueur le 15 juillet 2008. Cette loi a remplacé le Dahir du 24 mai 1955 sur les baux commerciaux. Elle protège le locataire commerçant en lui garantissant un droit au renouvellement et une indemnité d'éviction en cas de non-renouvellement.
Les conditions d'application (art. 1 et 2 Loi 18-100) :
Les droits du locataire :
Les obligations du locataire (art. 4) :
Le loyer est librement fixé au début du bail (art. 7). La révision du loyer (art. 8) ne peut intervenir que tous les 3 ans, dans la limite de la variation de l'indice HCP publié annuellement. Le loyer ne peut dépasser le loyer du marché.
Le plafonnement des loyers est réglementé par la Loi 18-100. Le loyer révisé ne peut excéder le loyer initial multiplié par l'indice HCP. Une hausse supérieure ne peut être demandée qu'après 6 ans de bail, et doit être justifiée par une modification substantielle des conditions locales (art. 8-1).
La résiliation du bail (art. 18) :
La sous-location (art. 36) : autorisée si le bail le prévoit ou avec l'accord exprès du propriétaire. Le locataire doit reverser au propriétaire 20 % des bénéfices de sous-location (art. 36 al. 2).
Le déplafonnement (art. 8-1, Loi 49-16 de 2016) : au bout de 12 ans (3 périodes triennales), le propriétaire peut demander un loyer correspondant au prix du marché, sans plafond. Cette disposition vise à rapprocher les loyers commerciaux des prix du marché.
Le bail dérogatoire (art. 5) : bail de courte durée (24 mois maximum) qui n'est pas soumis au droit au renouvellement. Permet à un commerçant de tester un emplacement sans engagement à long terme.
Indemnité d'éviction = 2 à 5x loyer annuel
Le propriétaire qui refuse le renouvellement doit verser une indemnité représentant généralement 2 à 5 fois le loyer annuel (art. 20-30 Loi 18-100).
Déplafonnement après 12 ans
Au bout de 12 ans (3 périodes triennales), le propriétaire peut demander un loyer au prix du marché, sans plafond (art. 8-1, Loi 49-16).
Sources juridiques :
4. Propriété intellectuelle au Maroc
La propriété intellectuelle au Maroc est régie par deux lois principales : la Loi 17-97 sur la propriété industrielle (modifiée par Loi 23-13 de 2014) et la Loi 2-00 sur le droit d'auteur et les droits voisins (modifiée par Loi 34-05 de 2005).
1. La propriété industrielle (Loi 17-97) :
2. Le droit d'auteur (Loi 2-00) :
L'OMPIC (Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale) est l'organisme central de dépôt et de gestion des titres de propriété industrielle. Le BMDA (Bureau Marocain du Droit d'Auteur) gère les droits d'auteur (créé en 1981, refondé par Loi 2-00).
La contrefaçon est sanctionnée :
Le Maroc a signé les principaux traités internationaux : Convention de Paris (1883, adhésion 1917), Convention de Berne (1886, adhésion 1917), ADPIC (1994, ratification 1995), Traité de coopération en matière de brevets (PCT) (1970, adhésion 1999).
La protection à l'international se fait via le système de Madrid (marques), le PCT (brevets), et la Convention de Berne (droit d'auteur, protection automatique).
Durées de protection PI
Brevet : 20 ans. Marque : 10 ans renouvelable. Droit d'auteur : 70 ans PMA. Dépôt OMPIC / BMDA.
Sources juridiques :
5. Droit de la concurrence au Maroc
Le droit de la concurrence au Maroc est régi par la Loi 31-05 du 27 décembre 2010 (Dahir n° 1-11-09), entrée en vigueur le 4 mai 2011. Cette loi a remplacé la Loi 06-99 de 1999 et renforcé les pouvoirs du Conseil de la Concurrence (devenu autorité constitutionnelle en 2011).
Les pratiques anticoncurrentielles (art. 1 à 7 Loi 31-05) :
Le Conseil de la Concurrence (art. 15 à 30 Loi 31-05, Constitution 2011 art. 171) :
Les pratiques commerciales réglementées (art. 31 à 35) :
La transparence des relations commerciales (art. 36 à 50) :
Le contrôle des prix (art. 51 à 60) : le gouvernement peut réglementer les prix en cas de monopole, de pénurie, ou de circonstances exceptionnelles (ex : prix du pain, du carburant).
Les sanctions (art. 71 à 80) :
Les plaintes sont adressées au Conseil de la Concurrence. Le ministère de l'Économie peut aussi saisir le Conseil. La procédure est contradictoire, avec possibilité de recours devant la cour d'appel de Rabat (art. 81).
Sanctions concurrence : 10% CA mondial
Le Conseil de la Concurrence peut infliger des amendes jusqu'à 10% du chiffre d'affaires mondial pour pratiques anticoncurrentielles (Loi 31-05).
Sources juridiques :
6. Procédures collectives au Maroc
Les procédures collectives au Maroc sont régies par la Loi 73-15 du 23 mai 2018 (Dahir n° 1-18-79), entrée en vigueur le 4 juin 2018. Cette loi a remplacé le titre V du Code de Commerce (Loi 15-95) et modernisé le droit des entreprises en difficulté.
Les procédures prévues par la Loi 73-15 :
- Adopter un plan de continuation (art. 102 à 115) : étalement des dettes sur 10 ans maximum, remise partielle, continuation de l'activité
- Adopter un plan de cession (art. 116 to 130) : vente de l'entreprise à un repreneur
- Prononcer la liquidation judiciaire (art. 131 to 175) si le redressement est manifestement impossible
L'ouverture des procédures est soumise à plusieurs conditions :
Les organes de la procédure :
Les effets de l'ouverture (art. 89 to 100) :
Les créanciers doivent déclarer leurs créances auprès du mandataire dans un délai de 2 mois à compter de la publication (art. 156). À défaut, les créances sont éteintes. L'ordre des créanciers est réglementé (art. 165 à 175) : créanciers superprivilégiés (salaires, frais de procédure), privilégiés (Trésor, CNSS), chirographaires.
La responsabilité des dirigeants (art. 102 à 105) : en cas de fautes de gestion ayant contribué à la cessation de paiements, le tribunal peut :
Les sanctions pénales (art. 175 à 195 Loi 73-15) : banqueroute (par détournement d'actifs, par comptes irréguliers, par dissimulation de documents), passible de 1 à 5 ans de prison et de 10 000 à 100 000 MAD d'amende.
4 procédures collectives
Prévention (mandataire ad hoc) → Conciliation → Redressement judiciaire (continuation/cession) → Liquidation judiciaire. Loi 73-15 de 2018.
Sources juridiques :
7. Arbitrage et médiation au Maroc
L'arbitrage et la médiation au Maroc sont régis par la Loi 08-05 du 30 novembre 2007 (Dahir n° 1-07-169), qui a consacré un livre VIII spécifique dans le Code de Procédure Civile. Cette loi a modernisé l'arbitrage interne et international au Maroc.
1. L'arbitrage interne (art. 306 à 319 Loi 08-05) :
2. L'arbitrage international (art. 320 à 327 Loi 08-05) :
3. La sentence arbitrale (art. 318 à 324) :
4. Les voies de recours (art. 325 à 327) :
Les centres d'arbitrage au Maroc :
5. La médiation (Loi 95-13 sur les professions judiciaires) :
6. La conciliation (art. 327-1 à 327-9 Loi 08-05) :
7. Le droit applicable à l'arbitrage international :
Le Maroc a ratifié la Convention de New York de 1958 sur la reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales étrangères (1960). Les sentences rendues dans d'autres pays signataires sont exécutoires au Maroc après exequatur par le président du tribunal de commerce.
Les avantages de l'arbitrage au Maroc :
Les inconvénients :
Le Maroc cherche à se positionner comme hub d'arbitrage pour l'Afrique. Casablanca Finance City accueille le siège de plusieurs centres d'arbitrage internationaux.
Arbitrage vs justice étatique
Arbitrage : 12-18 mois, confidentiel, sentence exécutoire. Justice : 5 ans en moyenne, public, appel possible. Loi 08-05 de 2007.
Sources juridiques :
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