Procédure civile au Maroc
Le Code de Procédure Civile marocain (Dahir de 1974) organise l'accès à la justice civile, les délais, les recours et l'exécution des décisions.
La procédure civile au Maroc est régie par le Code de Procédure Civile (CPC), promulgué par le Dahir n° 1-74-447 du 28 septembre 1974, en vigueur depuis le 1er avril 1975. Ce code de 503 articles (complétés par de nombreuses lois sectorielles) a remplacé le Code de Procédure Civile de 1913 (Dahir du 12 août 1913).
Le CPC organise les juridictions civiles (tribunal de première instance, cour d'appel, cour de cassation), les procédures civiles (assignation, signification, audiences, jugements), les voies de recours (opposition, appel, cassation), et l'exécution forcée des décisions de justice (saisies, expulsions).
Des lois spéciales ont ajouté des règles procédurales spécifiques : Loi 90-25 sur les tribunaux administratifs (1993), Loi 8-08 sur la réorganisation judiciaire (2008), Loi 53-95 sur les tribunaux de commerce (1997), Loi 65-99 sur le tribunal social (Code du Travail), Loi 70-03 sur le tribunal de la famille (Moudawana, 2004).
The Legal Seed vous propose un guide complet de la procédure civile marocaine : juridictions, compétence, actes de procédure, audience, jugement, voies de recours, exécution. Chaque section cite les articles exacts du CPC et la jurisprudence de la Cour de Cassation.
1. Les juridictions civiles au Maroc
Les juridictions civiles au Maroc sont organisées en 3 degrés : les juridictions de premier degré, les cours d'appel, et la Cour de Cassation.
1. Les juridictions de premier degré :
2. Les cours d'appel :
3. La Cour de Cassation :
Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ, art. 130 Constitution 2011) gère la carrière des magistrats (nomination, promotion, discipline). Il est présidé par le Roi et composé de magistrats élus et de personnalités qualifiées.
Les statistiques du Ministère de la Justice (2023) :
81 TPI + 8 tribunaux de commerce + 7 administratifs
Hiérarchie à 3 niveaux : TPI → Cour d'appel (9 au total) → Cour de Cassation (Rabat). 3,2 millions d'affaires pendantes en 2023.
Durée moyenne procédure civile
24 mois en 1ère instance, 36 mois avec appel, 48 mois avec cassation. Le Maroc a mis en place le plan d'urgence (Loi 33-11) pour désengorger.
Sources juridiques :
2. Compétence territoriale et d'attribution
La compétence d'une juridiction se détermine en fonction de deux critères : la compétence d'attribution (quel type de tribunal) et la compétence territoriale (quel tribunal géographiquement).
Compétence d'attribution :
Compétence territoriale :
En matière civile (art. 27 CPC) : le défendeur est attrait devant le tribunal de son domicile. Si le défendeur n'a pas de domicile connu, le demandeur peut saisir le tribunal de son propre domicile (art. 27 al. 2).
En matière commerciale (art. 28 CPC) : le défendeur est attrait devant le tribunal de son domicile commercial ou du lieu d'exécution du contrat.
En matière immobilière (art. 28 CPC) : compétence exclusive du tribunal du lieu de l'immeuble.
En matière délituelle (art. 29 CPC) : le demandeur peut saisir le tribunal du lieu du dommage ou du lieu du fait générateur.
En matière de divorce (art. 86 Moudawana) : compétence du tribunal du domicile de l'épouse ou du domicile du mari.
En matière de travail (art. 349 Code du Travail) : compétence du tribunal du lieu de travail ou du domicile du salarié.
Les exceptions d'incompétence :
Le for légal (art. 27 CPC) ne peut être modifié par les parties que dans les contrats commerciaux (clause attributive de juridiction, art. 22 Code Commerce). En matière civile, la clause attributive de juridiction est interdite sauf en matière commerciale.
Compétence territoriale
Domicile du défendeur (général), lieu de l'immeuble (immobilier), lieu du dommage (délit), lieu de travail (social), domicile de l'épouse (divorce).
Sources juridiques :
3. Actes de procédure au Maroc
Les actes de procédure au Maroc sont régis par les articles 19 à 75 du CPC. Ils peuvent être rédigés en arabe (langue officielle de la justice, art. 5 de la Constitution) ou en français (art. 31 CPC, traduction possible).
1. L'assignation (art. 19 à 31 CPC) :
2. La requête (art. 32 à 36 CPC) :
3. La signification (art. 22 à 27 CPC) :
4. La comparution (art. 37 à 50 CPC) :
5. Les conclusions (art. 51 à 60 CPC) :
6. L'expertise (art. 61 à 75 CPC) :
Les délais de procédure :
Les nullités de procédure (art. 76 à 80 CPC) :
Les frais de procédure :
L'assistance juridique (Loi 41-15 de 2016) : les personnes dont les revenus sont insuffisants peuvent bénéficier d'un avocat commis d'office et de la dispense des frais de procédure. La demande est adressée au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal.
Représentation par avocat
Obligatoire devant le TPI pour les affaires > 5 000 MAD, devant la cour d'appel et la cour de cassation. Pas obligatoire en matière de proximité.
Sources juridiques :
4. Audience et jugement au Maroc
L'audience et le jugement au Maroc sont régis par les articles 81 à 140 du CPC. L'audience est publique (art. 81), sauf en cas de huis clos décidé par le juge (mineurs, mœurs, secret bancaire).
1. Le déroulement de l'audience :
2. Le jugement (art. 88 à 110 CPC) :
3. Les types de jugements :
4. La transcription et la publicité :
5. L'exécution provisoire :
6. Les voies de recours ordinaires :
7. Les voies de recours extraordinaires :
8. La force de la chose jugée :
9. Les délais de jugement :
Le juge peut rendre une ordonnance de clôture (art. 86 CPC) qui marque la fin des débats et le début du délibéré. Cette ordonnance est inscrite au dossier et empêche toute nouvelle conclusion.
Délais de jugement
1ère instance : 12-24 mois. Appel : 18-36 mois. Cassation : 24-48 mois. Plan d'urgence (Loi 33-11) avec calendrier imposé.
Sources juridiques :
5. Voies de recours au Maroc
Les voies de recours au Maroc sont régies par les articles 121 à 175 du CPC. Elles permettent de contester une décision de justice. On distingue les voies de recours ordinaires (ouverture au demandeur et au défendeur) et les voies de recours extraordinaires (réservées à des cas particuliers).
Voies de recours ordinaires :
1. L'opposition (art. 121 à 130 CPC) :
2. L'appel (art. 131 à 143 CPC) :
3. Le pourvoi en cassation (art. 144 à 153 CPC) :
Voies de recours extraordinaires :
4. La tierce opposition (art. 154 à 158 CPC) :
5. La requête civile (art. 159 à 168 CPC) :
6. Le pourvoi en révision (art. 169 à 175 CPC) :
7. Le recours en rétractation (art. 175-1 à 175-5 CPC, ajouté par Loi 33-11) :
L'effet suspensif :
Le pourvoi en cassation n'a pas d'effet suspensif (art. 148), sauf si le premier président de la Cour de Cassation en décide autrement (art. 148 al. 2).
Les frais de recours :
Le pourvoi abusif est sanctionné : la Cour de Cassation peut condamner le demandeur à une amende civile de 1 000 à 10 000 MAD (art. 153) et à des dommages-intérêts.
3 voies de recours ordinaires
Opposition (15j, jugements par défaut), Appel (30j, >5 000 MAD), Cassation (30j, droit seulement). 3 extraordinaires : tierce opposition, requête civile, révision.
Sources juridiques :
6. Exécution forcée au Maroc
L'exécution forcée au Maroc est régie par les articles 425 à 537 du CPC. Elle permet au créancier muni d'un titre exécutoire de forcer le débiteur à exécuter son obligation.
1. Les titres exécutoires (art. 425 CPC) :
2. La signification du titre exécutoire (art. 426 CPC) :
3. La saisie-exécution (art. 432 à 471 CPC) :
1. Commandement signifié au débiteur
2. Saisie : l'huissier dresse un procès-verbal de saisie, les biens sont inventoriés
3. Vente aux enchères publiques après un délai de 30 jours
4. Distribution du produit de la vente entre les créanciers
4. La saisie-attribution (art. 488 à 499 CPC, Loi 33-11 de 2011) :
5. La saisie-vente (art. 432 à 471 CPC) :
6. La saisie-appréhension (art. 501 à 510 CPC) :
7. La saisie des rémunérations (art. 481 à 488 CPC) :
8. L'expulsion (art. 511 to 537 CPC) :
9. L'astreinte (art. 470-1 à 470-5 CPC) :
10. L'inexécution :
Les frais d'exécution :
L'article 427 du CPC prévoit un délai de 7 jours entre le commandement et la saisie. Ce délai peut être réduit à 2 jours en cas d'urgence (art. 427 al. 2).
La prescription de l'action en exécution est de 30 ans (art. 178 CPC) à compter du prononcé du jugement.
Quotient insaisissable salaire
Minimum 5 000 MAD/mois. Au-delà, barème progressif 1/20 à 1/4. Plafond : 75% du salaire saisi. Article 486 CPC.
Titres exécutoires
Jugements, actes notariés, lettres de change acceptées, décisions arbitrales homologuées. Signification préalable obligatoire (art. 426).
Sources juridiques :
7. Saisies au Maroc
Les saisies au Maroc sont régies par le Code de Procédure Civile (art. 432 à 510) et des lois spéciales. Elles permettent au créancier de saisir les biens du débiteur pour satisfaire sa créance.
1. La saisie-conservatoire (art. 487-1 à 487-8 CPC, Loi 33-11 de 2011) :
2. La saisie-attribution (art. 488 à 499 CPC) :
1. Acte de saisie signifié par huissier à la banque ou au tiers débiteur
2. La banque bloque les comptes dans les 24 heures
3. Dénonciation au débiteur dans les 8 jours
4. Le débiteur peut contester dans les 15 jours (art. 491)
5. À défaut de contestation, la somme est attribuée au créancier
3. La saisie-rémunération (art. 481 à 488 CPC) :
1. Signification à l'employeur par huissier
2. L'employeur verse mensuellement au créancier la portion saisissable
3. L'employeur doit informer le salarié dans les 8 jours
4. La saisie-vente (art. 432 to 471 CPC) :
1. Commandement signifié 7 jours avant la saisie
2. Procès-verbal de saisie : inventaire des biens par l'huissier
3. Garde des biens : le débiteur reste gardien, ou un tiers est désigné
4. Vente aux enchères publiques après 30 jours de publicité
5. Adjudication : le plus offrant emporte les biens
6. Distribution du prix entre les créanciers
5. La saisie-immobilière (art. 432 to 471 CPC) :
1. Commandement de payer signifié
2. Publication au Bureau des Hypothèques
3. Saisie de l'immeuble
4. Enquête sur la valeur de l'immeuble
5. Vente aux enchères publiques
6. Adjudication au plus offrant
7. Purge des hypothèques
6. La saisie-appréhension (art. 501 to 510 CPC) :
1. Signification à la société ou à l'organisme détenteur des titres
2. La société bloque les titres
3. Vente des titres en bourse ou de gré à gré
7. La saisie des droits d'auteur (Loi 2-00) :
8. La saisie des sommes dues par l'État (art. 510 CPC) :
9. La saisie des marchandises en douane (Code des Douanes) :
L'ordre des saisies :
1. Frais de justice (superprivilège)
2. Salaires et indemnités de licenciement (superprivilège, art. 588 Code Travail)
3. CNSS et AMO (privilège)
4. Trésor public (privilège général)
5. Créanciers hypothécaires (selon l'ordre d'inscription)
6. Créanciers chirographaires (au marc le franc)
Les voies de recours contre une saisie :
Le juge de l'exécution (JEX, art. 487-9 CPC) : magistrat du TPI chargé de trancher les difficultés d'exécution. Il peut ordonner la mainlevée, fixer des délais de grâce, ou statuer sur les contestations.
Les frais de saisie :
La prescription de l'action en saisie est de 30 ans (art. 178 CPC), à compter du prononcé du jugement qui sert de titre exécutoire.
Plusieurs types de saisies
Saisie-attribution (banque), saisie-rémunération (salaire), saisie-vente (meubles), saisie-immobilière (immeuble), saisie-appréhension (titres), saisie-conservatoire (préventive).
Sources juridiques :
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