Droit bancaire au Maroc
Le droit bancaire marocain est régi par la Loi 103-12 du 24 novembre 2014 (refonte de la Loi 34-03). Bank Al-Maghrib supervise 78 banques et établissements financiers.
Le droit bancaire au Maroc est principalement codifié dans la Loi 103-12 du 24 novembre 2014 (Dahir n° 1-14-193), relative aux établissements de crédit et organismes assimilés. Cette loi a remplacé la Loi 34-03 de 2006 et a renforcé les pouvoirs de Bank Al-Maghrib (banque centrale du Maroc, créée en 1959, refondée par la Loi 40-17 de 2019). Elle a également transposé les recommandations de Bâle III (ratios de solvabilité, liquidité).
Le Maroc compte 24 banques (dont 7 à capitaux étrangers) et 54 établissements financiers (sociétés de financement, sociétés de cautionnement mutuel, etc.). Les principales banques sont Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire (BCP), Bank of Africa (BMCE), Banque Marocaine du Commerce et de l'Industrie (BMCI), Crédit Agricole du Maroc (CAM), Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH), Société Générale Maroc, CIH Bank, Al Barid Bank, CFG Bank, Bank Assafa, Umnia Bank, Bank Al Yousr.
Le droit bancaire marocain s'articule autour de 4 axes : la régulation (Bank Al-Maghrib), les opérations (crédit, compte, moyen de paiement), la protection du consommateur (médiation, taux d'usure), et le contentieux (tribunal de commerce).
The Legal Seed vous propose un guide complet du droit bancaire marocain : agrément, opérations, crédit, compte, taux d'usure, médiation, contentieux. Chaque section cite les articles exacts et la réglementation de Bank Al-Maghrib.
1. Bank Al-Maghrib et la régulation bancaire
Bank Al-Maghrib (BAM) est la banque centrale du Maroc, créée par le Dahir n° 1-59-233 du 30 juin 1959 (loi sur la banque centrale), modifié par la Loi 40-17 de 2019 (Statut de la Banque Centrale). Elle a succédé à la Banque d'État du Maroc (créée en 1907 par le Protocole d'Algésiras).
Les missions de Bank Al-Maghrib (art. 6 Loi 40-17) :
Les instruments de la politique monétaire :
Les pouvoirs de supervision de Bank Al-Maghrib (art. 50 à 70 Loi 103-12) :
Les ratios prudentiels (recommandations de Bâle III transposées) :
Le Comité de Bâle a admis le Maroc dans le groupe des pays « compliance-monitoring » depuis 2018, en reconnaissance de l'adoption des standards Bâle III.
Les publications de Bank Al-Maghrib :
L'organisation de Bank Al-Maghrib :
Bank Al-Maghrib est indépendante du gouvernement depuis la réforme de 2019 (Loi 40-17). Le Gouverneur ne reçoit d'instructions ni du gouvernement ni d'aucune autre autorité. Le budget est autonome (ressources : intérêts sur les crédits aux banques, placements de réserves de change).
24 banques + 54 établissements financiers
Bank Al-Maghrib supervise 78 établissements. Ratio CET1 minimum 9% (Bâle III + tampon). Indépendante depuis Loi 40-17 de 2019.
Sources juridiques :
2. L'agrément des banques au Maroc
L'agrément des banques au Maroc est régi par les articles 50 à 65 de la Loi 103-12. Il est délivré par Bank Al-Maghrib après une procédure stricte.
Les types d'établissements de crédit (art. 1 Loi 103-12) :
Les conditions d'agrément (art. 50) :
- Banque universelle : 100 millions MAD (art. 51)
- Société de financement : 50 millions MAD (selon activité)
- Banque participative : 100 millions MAD
- Établissement de paiement : 5 millions MAD (selon activité)
La procédure d'agrément (art. 50 à 55) :
Le délai moyen est de 6 à 12 mois. En cas de refus, le demandeur peut former un recours gracieux auprès du Conseil de Bank Al-Maghrib (délai 30 jours). En cas de rejet du recours, le demandeur peut saisir le tribunal administratif de Rabat (art. 90 Loi 103-12).
L'extension d'agrément (art. 56) : pour effectuer de nouvelles opérations (banque participative, banque en ligne, etc.), la banque doit demander une extension d'agrément. Procédure simplifiée (3 mois).
Le retrait d'agrément (art. 60 à 65) peut être prononcé par Bank Al-Maghrib pour :
La procédure de retrait :
Les banques étrangères au Maroc (art. 57 à 59) :
Les banques participatives (titre IV Loi 103-12, art. 73 à 95) :
Les conventions de partenariat (art. 66 à 72) :
Capital minimum banque : 100 millions MAD
Banque universelle : 100 M MAD. Société de financement : 50 M MAD. Établissement de paiement : 5 M MAD. Banque participative : 100 M MAD.
5 banques participatives
Bank Assafa, Al Akhdar Bank, Umnia Bank, Bank Al Yousr, BTI Bank. Produits : Mourabaha, Ijara, Musharaka. Comité Charia obligatoire (art. 80).
Sources juridiques :
3. Le crédit bancaire au Maroc
Le crédit bancaire au Maroc est régi par les articles 1 à 25 de la Loi 103-12, la Loi 34-08 sur le crédit hypothécaire (2010), et la réglementation de Bank Al-Maghrib. C'est l'opération bancaire la plus encadrée.
Les types de crédit :
- Durée : max 30 ans (35 ans pour les primo-accédants avec accord Bank Al-Maghrib)
- Apport minimum : 0 % (avec assurance logement en cas de défaut)
- Taux : variable (généralement 5 à 7 %) ou fixe
- Frais de dossier : 2 000 à 5 000 MAD
- Assurance décès-invalidité : 0,3 à 0,5 %/an du capital restant dû
- Délai de rétractation : 7 jours (art. 5 Loi 34-08)
- Tableau d'amortissement obligatoire (art. 7)
- Remboursement anticipé possible avec indemnité max 6 mois d'intérêts (art. 11)
- Crédit affecté : lié à un achat (voiture, électroménager)
- Prêt personnel : non affecté, durée max 60 mois
- Crédit renouvelable : carte de crédit, réserve d'argent
- Découvert autorisé : sur compte courant
- Montant maximum : 200 000 MAD pour les prêts personnels (art. 19 Loi 34-08)
- Taux : variable, généralement 8 à 16 % (plafonné par le taux d'usure)
- Contrat par lequel une banque achète un bien et le loue à un client
- Le client a une option d'achat en fin de contrat
- Durée : 3 à 7 ans
- Avantage : déductibilité fiscale des loyers
- Types : immobilier, mobilier (véhicules, équipements)
- Crédit de trésorerie : court terme (< 1 an), financement du cycle d'exploitation
- Crédit d'investissement : moyen/long terme (5 à 10 ans), financement d'actifs
- Escompte commercial : avance sur factures
- Crédit documentaire : pour le commerce international
- Ligne de crédit : autorisation de découvert plafonnée
- Participation au capital d'une entreprise
- Partage des profits et des pertes
- Conforme à la Charia
- Cession de créances commerciales à un factor
- Avance immédiate du montant des créances
- Type : avec ou sans recours
Les conditions d'octroi de crédit (réglementation BAM) :
Le taux d'endettement (recommandation BAM) :
Le coût total du crédit (TAEG) :
Le TAEG doit être obligatoirement indiqué dans le contrat (art. 7 Loi 34-08). Il comprend : taux d'intérêt nominal, frais de dossier, frais d'assurance, frais de garantie.
L'information du client (art. 4 à 9 Loi 34-08) :
Le surendettement :
Taux d'endettement max : 40%
Recommandation BAM : taux d'endettement max 40% des revenus nets. 50% pour immobilier (avec accord). 30% pour consommation.
Délai de rétractation : 7 jours
Crédit immobilier : 7 jours de rétractation (art. 5 Loi 34-08). Consommation : 14 jours. Fiche d'information précontractuelle obligatoire.
Sources juridiques :
4. Le compte bancaire au Maroc
Le compte bancaire au Maroc est régi par les articles 487 à 510 du Code de Commerce et la Loi 103-12. Le compte bancaire est un contrat par lequel une banque tient, au nom de son client, un registre des opérations (dépôts, retraits, virements).
Les types de comptes :
- Compte de dépôt à vue
- Permet les opérations courantes : virement, prélèvement, chèque, carte bancaire
- Rémunéré : non (sauf convention particulière)
- Peut être débiteur (découvert autorisé) ou créditeur
- Peut être individuel ou joint (compte commun)
- Compte d'épargne rémunéré
- Disponibilité immédiate
- Plafonné : 200 000 MAD pour les particuliers
- Taux de rémunération : 1,5 à 2,5 % (libre, mais avec fiscalité spécifique)
- Dépôt bloqué pour une durée déterminée (3, 6, 12, 24 mois)
- Taux fixé au moment de l'ouverture
- Pénalités en cas de retrait anticipé
- Taux généralement supérieur au compte sur livret
- Tenu par Barid Al-Maghrib (Poste marocaine)
- Conditions similaires au compte courant bancaire
- Avantage : pas de frais de tenue de compte
- Pour les résidents et non-résidents disposant de revenus en devises
- Réglementation des changes stricte (autorisation Office des Changes)
- Types : compte en devises, compte en dirhams convertibles, compte en dirhams ordinaires
- Compte pour les services de paiement (transfert, monnaie électronique)
- Tenu par un établissement de paiement (non bancaire)
- Plafonds : 15 000 MAD/mois (compte de paiement standard), 30 000 MAD/mois (compte avancé)
L'ouverture d'un compte (art. 491) :
Le secret bancaire (art. 29 Loi 103-12) :
La violation du secret bancaire est sanctionnée pénalement : 1 à 6 mois de prison et 10 000 à 50 000 MAD d'amende (art. 89 Loi 103-12).
Le droit au compte (art. 96 Loi 103-12) :
La clôture du compte :
Le fichage (art. 102 à 110 Loi 103-12) :
Les frais bancaires (réglementation BAM) :
La plafond des commissions bancaires est fixé par circulaire de Bank Al-Maghrib (n° 18/G/2013). Les banques doivent afficher leurs tarifs en agence et sur leur site internet.
Le droit de rétractation (art. 7 Loi 31-08 sur la protection des consommateurs) : le client peut résilier un contrat bancaire dans les 14 jours suivant la signature, sans frais ni pénalité.
Secret bancaire : exception fiscale
Depuis Loi 24-09 (2009), l'administration fiscale peut accéder aux comptes. Le secret bancaire reste opposable aux autres, sauf justice et BAM.
Droit au compte
Article 96 Loi 103-12 : toute personne a droit à un compte bancaire. En cas de refus, saisir BAM qui désigne une banque obligée d'ouvrir.
Sources juridiques :
5. Le taux d'usure au Maroc
Le taux d'usure au Maroc est régi par les articles 1751 à 1754 du Code Général des Impôts (CGI) et les circulaires de Bank Al-Maghrib. C'est le taux maximum qu'une banque peut pratiquer pour un crédit. Au-delà, l'opération est sanctionnée pénalement.
Le principe (art. 1751 CGI) : est usuraire tout prêt conclu à un taux supérieur au taux d'usure fixé par Bank Al-Maghrib.
La fixation du taux d'usure (art. 1752 CGI) :
Les taux d'usure en vigueur (4ème trimestre 2024, à titre indicatif) :
La sanction du taux d'usure (art. 1754 CGI) :
La prescription de l'action en restitution des intérêts usuraire est de 5 ans (art. 106 DOC) à compter de chaque échéance.
La preuve du taux d'usure :
Les exceptions au taux d'usure (art. 1751 al. 2 CGI) :
Le contrôle du taux d'usure :
Le contentieux du taux d'usure :
L'assurance-emprunteur :
Le droit à l'oubli (Loi 43-14 de 2016, art. 4) : les emprunteurs ayant eu un cancer peuvent ne pas déclarer leur ancienne pathologie à l'assurance après un délai de 10 ans (5 ans pour les cancers diagnostiqués avant 21 ans).
Les clauses abusives (Loi 31-08 sur la protection des consommateurs, art. 19) :
Les pratiques commerciales trompeuses (Loi 31-08, art. 23 à 27) :
Taux d'usure immobilier : 9,75%
Taux maximum légal pour un crédit immobilier (T4 2024). Consommation : 13,75%. Automobile : 11,50%. Fixé trimestriellement par BAM.
Usure = prison 6 mois à 3 ans
Sanction pénale : 6 mois à 3 ans + 20 000 à 200 000 MAD d'amende (art. 1754 CGI). Intérêts excédentaires à restituer. Prescription 5 ans.
Sources juridiques :
6. La médiation bancaire au Maroc
La médiation bancaire au Maroc est régie par les articles 122 à 132 de la Loi 103-12 et le Décret n° 2-17-566 du 28 février 2018. C'est un mécanisme de règlement amiable des litiges entre les banques et leurs clients.
Le médiateur bancaire :
Le champ de compétence :
Les exclusions :
La procédure de médiation (art. 122 à 132 Loi 103-12) :
- Identité du demandeur
- Coordonnées de la banque
- Description du litige
- Pièces justificatives (contrats, relevés, courriers)
- Preuve de la tentative de règlement amiable avec la banque
L'avis du médiateur :
Les statistiques (Médiateur Bancaire, 2023) :
Le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) :
La médiation AMMC (Autorité Marocaine du Marché des Capitaux) :
La médiation Centre Régional d'Investissement (CRI) :
Les alternatives à la médiation :
Le rôle de Bank Al-Maghrib dans le contentieux bancaire :
Taux d'acceptation médiation : 71%
3 247 saisines en 2023, 65% recevables. Durée moyenne : 78 jours. Plafond : 200 000 MAD. Gratuit pour le client.
Avis non contraignant
Le médiateur émet un avis motivé dans les 90 jours. Si les deux parties acceptent (30 jours), l'avis devient exécutoire. Sinon, le tribunal reste possible.
Sources juridiques :
7. Le contentieux bancaire au Maroc
Le contentieux bancaire au Maroc est porté devant les juridictions de droit commun (tribunal de commerce, tribunal de première instance). Le tribunal de commerce est compétent pour les litiges entre une banque et un commerçant ou une entreprise. Le tribunal de première instance est compétent pour les litiges entre une banque et un particulier (consommateur).
Les principaux contentieux :
- Refus d'octroi : pas d'action possible (liberté contractuelle), sauf si discrimination
- Taux d'usure : action en restitution des intérêts excédentaires (art. 1754 CGI)
- Frais abusifs : action en suppression des frais non justifiés (art. 19 Loi 31-08)
- Tableau d'amortissement erroné : action en rectification et restitution
- Refus de remboursement anticipé : action en exécution forcée
- Frais de tenue de compte abusifs : action en restitution
- Clôture abusive : action en dommages-intérêts (préavis 60 jours, art. 102 Loi 103-12)
- Refus d'ouverture : action en droit au compte (art. 96 Loi 103-12)
- Opérations non autorisées : action en restitution
- Carte bancaire : contestation d'une opération frauduleuse (art. 312-1 Loi 15-95 Code Commerce). Délai : 13 mois. Plafond : 1 200 MAD
- Chèque sans provision : action pénale (art. 317 Code Commerce) + civile (recouvrement)
- Virement mal exécuté : action en restitution
- Opposition injustifiée : action en dommages-intérêts
- Refus d'indemnisation : action en exécution du contrat d'assurance
- Fausse déclaration : action en nullité du contrat (art. 19 Loi 17-99)
- Augmentation de prime : action en suppression si non justifiée
- Taux d'intérêt : contestation du TAEG
- Frais de dossier abusifs : action en restitution
- Indemnité de remboursement anticipé : action en suppression si > 6 mois d'intérêts (art. 11 Loi 34-08)
- Clause abusive : action en nullité
La procédure :
- Réclamation écrite auprès de la banque (15 jours pour réponse)
- Saisine du médiateur bancaire (90 jours)
- Possibilité de conciliation devant le président du tribunal de commerce
- Tribunal de commerce : pour les commerçants et entreprises
- Tribunal de première instance : pour les particuliers (consommateurs)
- Procédure ordinaire : assignation, plaidoiries, jugement (24 mois en moyenne)
- Procédure de référé : pour les demandes urgentes (non sérieusement contestables), 2 à 4 mois
- Appel : dans les 30 jours devant la cour d'appel
- Pourvoi en cassation : dans les 30 jours devant la Cour de Cassation
La charge de la preuve :
La prescription :
Les sanctions spécifiques aux banques (art. 89 à 95 Loi 103-12) :
L'indemnisation du client :
Les class actions (pas encore disponibles en droit marocain, mais projet de loi en discussion depuis 2016) :
Le rôle de l'AMMC (Autorité Marocaine du Marché des Capitaux, ex-CDVM) :
Contentieux bancaire : tribunal de commerce ou TPI?
Tribunal de commerce pour les commerçants/entreprises. Tribunal de première instance pour les particuliers. Prescription : 5 ans (art. 53 Loi 103-12).
Carte bancaire : plafond 1 200 MAD
Contestation d'opération frauduleuse par carte : plafond 1 200 MAD, délai 13 mois (art. 312-1 Code Commerce). Au-delà, charge de la preuve sur le client.
Sources juridiques :
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