Droit du travail au Maroc
Le Code du Travail marocain (Loi 65-99) régit les relations entre employeurs et salariés depuis 2003. Voici le guide complet, à jour, article par article.
Le droit du travail au Maroc est codifié dans la Loi 65-99 (Code du Travail), promulguée par Dahir n° 1-03-194 du 11 septembre 2003 et entrée en vigueur le 2 juin 2004. Ce code de 394 articles a remplacé le Dahir de 1928 sur les contrats d'engagement et a unifié un droit du travail auparavant éclaté entre une quinzaine de dahir et conventions internationales ratifiées par le Maroc (OIT conventions n° 1, 14, 47, 95, 98, 100, 105, 111, 122, 138, 158, 182).
Le Code du Travail marocain s'applique à tous les salariés liés à un employeur par un contrat de travail, quelle qu'en soit la forme (écrit, verbal, à durée déterminée, indéterminée), ainsi qu'aux apprentis et stagiaires. Sont exclus les fonctionnaires publics (régis par le Statut de la Fonction Publique, Dahir 1958), les militaires, les marins (Dahir 1919 sur la marine marchande) et les travailleurs à domicile (régime spécifique des articles 346 à 352).
The Legal Seed vous propose un guide complet du droit du travail marocain : contrat, période d'essai, congés payés, heures supplémentaires, licenciement, indemnités, prud'hommes, CNSS, AMO, représentation syndicale, grève. Chaque section cite les articles exacts du Code et la jurisprudence de la Cour de Cassation.
1. Le contrat de travail au Maroc
Le contrat de travail est défini par l'article 16 du Code du Travail comme la convention par laquelle une personne s'engage à travailler pour le compte et sous la direction d'une autre personne moyennant rémunération. Le Code reconnaît trois grands types de contrats : le CDI (contrat à durée indéterminée, forme normale et permanente, art. 16 à 25), le CDD (contrat à durée déterminée, exception strictement encadrée, art. 16 et 17) et le contrat d'apprentissage (régi par la Loi 12-19, art. 11 à 14 du Code).
Le CDD ne peut être conclu que pour des cas limitativement énumérés par l'article 17 : remplacement d'un salarié, accroissement temporaire d'activité, travaux saisonniers, travaux dont l'exécution ne peut s'inscrire dans le cadre d'un CDI. Sa durée maximale est d'un an renouvelable une fois, soit deux ans au total (art. 17). Au-delà, le CDD se transforme automatiquement en CDI (jurisprudence constante de la Cour de Cassation, arrêt n° 415/2017). Un CDD conclu sans respecter ces conditions est réputé CDI dès l'origine.
Le contrat de travail n'est pas obligatoirement écrit (art 16 alinéa 2 : « Le contrat de travail est conclu sans limitation de durée ou pour une durée déterminée dans les cas et selon les modalités fixés par la loi et l'article 16 »). Toutefois, la preuve de l'existence du contrat et de ses conditions peut être rapportée par tout moyen : témoignages, fiches de paie, badge, badges de pointage, courriels professionnels. En pratique, la signature d'un contrat écrit est hautement recommandée pour éviter tout contentieux.
Le salaire est librement fixé par les parties mais ne peut être inférieur au SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti), fixé à 3 111,18 MAD brut mensuel depuis le 1er janvier 2025 (16,28 MAD/h pour 191 heures mensuelles) dans les secteurs non-agricoles. Le SMAG (secteur agricole) est de 2 964,51 MAD depuis juillet 2024. Le non-respect du SMIG est sanctionné pénalement (art. 364 : 2 000 à 5 000 MAD d'amende par salarié concerné).
SMIG au Maroc (2025)
3 111,18 MAD brut/mois (16,28 MAD/h) — applicable depuis le 1er janvier 2025. Le SMAG agricole est à 2 964,51 MAD.
CDD → CDI automatique
Au-delà de 2 ans (renouvellement inclus) ou en cas de motifs illégitimes, le CDD devient automatiquement CDI. Article 17 du Code du Travail.
Sources juridiques :
2. La période d'essai au Maroc
La période d'essai est régie par les articles 14 et 15 du Code du Travail. Elle permet à l'employeur d'évaluer la compétence du salarié et au salarié d'apprécier les conditions de travail. Sa durée maximale varie selon la catégorie professionnelle :
Pendant la période d'essai, chacune des parties peut rompre le contrat sans préavis ni indemnité (art. 14 al. 3). Toutefois, la rupture ne doit pas être abusive : un employeur qui rompt un essai dans le seul but de pourvoir temporairement un poste risque une condamnation pour licenciement abusif (jurisprudence Cour de Cassation n° 12/2019). Le renouvellement de la période d'essai doit être exprès et écrit — il ne se présume pas.
La période d'essai n'est pas obligatoire : sa présence et sa durée doivent être stipulées dans le contrat ou la lettre d'engagement. À défaut, le contrat est réputé à titre définitif dès l'embauche. La maladie, un accident du travail ou la maternité suspendent la période d'essai mais ne la prolongent pas automatiquement (art. 15).
Renouvellement non automatique
Le renouvellement de la période d'essai doit être écrit et stipulé au contrat initial. Sans clause, pas de renouvellement possible.
Sources juridiques :
3. Congés payés au Maroc
Les congés payés sont régis par les articles 232 à 245 du Code du Travail. Tout salarié a droit à un congé annuel payé dont la durée est calculée à raison de 1,5 jour ouvrable par mois de travail effectif, soit 18 jours ouvrables par an (art. 233). Cette durée est portée à 2 jours par mois (24 jours/an) pour les salariés de moins de 18 ans (art 234).
Les fêtes légales (12 jours/an selon l'arrêté du 21 juin 1948 modifié) ne sont pas décomptées du congé annuel. Le vendredi n'est plus jour férié depuis 2022 (rétablissement de la semaine de 5 jours dans la fonction publique). Le jour de repos hebdomadaire est en principe le dimanche (art. 217), mais peut être déplacé dans certains secteurs (hôtellerie, restauration, santé) avec autorisation de l'inspecteur du travail.
La période de prise des congés est fixée par l'employeur après consultation des représentants syndicaux, entre le 1er mai et le 31 octobre (art 236). Le congé peut être fractionné à condition qu'une période continue d'au moins 12 jours ouvrables soit accordée pendant la période légale. L'employeur doit obligatoirement afficher les dates de départ en congé 30 jours à l'avance (art. 236).
L'indemnité de congé payé est calculée sur la base du salaire brut en vigueur au moment du départ (art. 240). Elle ne peut être inférieure au salaire qui aurait été perçu pendant la même période. Les commissions, primes de rendement et avantages en nature sont inclus dans l'assiette. En cas de rupture du contrat, l'indemnité compensatrice de congés payés est due pour la totalité des congés non pris (art. 244).
Les congés exceptionnels prévus par la loi : mariage du salarié (4 jours), naissance (3 jours), décès d'un ascendant ou descendant (3 jours), circoncision (2 jours), pèlerinage (1 mois, une fois dans la carrière, art. 246).
18 jours ouvrables/an
Soit 1,5 jour par mois de travail effectif. Porté à 2 jours/mois pour les moins de 18 ans. Article 233 Code du Travail.
Sources juridiques :
4. Heures supplémentaires au Maroc
Les heures supplémentaires sont régies par les articles 196 à 200 du Code du Travail. Toute heure effectuée au-delà de la durée légale hebdomadaire (44 heures dans le secteur non-agricole, 2 488 heures/an ; 40 heures dans certains secteurs comme l'industrie, 2 288 heures/an) est considérée comme heure supplémentaire.
La durée légale hebdomadaire dépend du secteur : 44 heures pour le commerce, les services et l'artisanat ; 40 heures pour l'industrie et l'agriculture (décret n° 2-04-469). Le déclenchement des heures supplémentaires commence dès la 45ème (ou 41ème) heure.
Les majorations salariales sont obligatoires (art. 196) :
Le récupération des heures supplémentaires par un repos compensateur est possible si une convention collective le prévoit (art. 197). À défaut, les heures doivent être payées avec la majoration. Les heures sup ne peuvent dépasser 2 heures par jour et 6 heures par semaine sauf dérogation de l'inspecteur du travail (art. 198).
Les sanctions pour le non-paiement des heures supplémentaires sont doubles : civiles (paiement rétroactif avec intérêts au taux légal de 6 %) et pénales (amende de 2 000 à 5 000 MAD par salarié et par infraction, art. 364). La prescription des actions en paiement d'heures sup est de 5 ans (art. 358), dérogation au délai général d'un an (art. 357).
Majorations heures sup
+25% (jour/semaine), +50% (nuit/jour férié), +100% (nuit de repos). Article 196 Code du Travail.
Sources juridiques :
5. Licenciement et indemnités au Maroc
Le licenciement est strictement encadré par les articles 37 à 67 du Code du Travail. L'employeur ne peut rompre un CDI que pour un motif légitime énuméré à l'article 37 : insuffisance professionnelle, faute disciplinaire (art. 39), force majeure, cessation définitive d'activité, licenciement économique (art. 66 à 68).
La procédure disciplinaire (article 62 et suivants) est obligatoire : convocation à entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre décharge, indiquant l'objet, la date, l'heure et le lieu de l'entretien ; audition du salarié qui peut se faire assister par un représentant syndical ; décision motivée notifiée par LRAR dans un délai de 48 heures (art. 62) pour les fautes graves, ou de 8 jours (art. 63) pour les fautes ordinaires.
Les fautes graves sont limitativement énumérées à l'article 39 du Code (8 cas) : délit portant atteinte à l'honneur, confidence, divulgation d'un secret, acte de violence, injure, refus d'exécuter un ordre, absentéisme supérieur à 4 jours, faute liée à la sécurité. La faute grave entraîne le licenciement sans préavis ni indemnité (art. 39).
L'indemnité de licenciement (art. 53) est due dès 6 mois d'ancienneté. Le barème progressif est :
L'indemnité pour licenciement abusif (art. 41) est distincte : si le juge prud'homal constate que le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse, il condamne l'employeur à une indemnité dont le montant est fixé souverainement. La pratique retient généralement 1 à 6 mois de salaire par année d'ancienneté, plafonnés à 36 mois (jurisprudence constante).
La prescription est d'un an (art. 357) à compter de la rupture du contrat. Le salarié doit saisir le tribunal social dans ce délai, faute de quoi l'action est irrecevable.
Procédure disciplinaire obligatoire
Convocation LRAR + entretien + notification motivée sous 48h. La moindre irrégularité rend le licenciement abusif (art. 62).
Plafond licenciement abusif
36 mois de salaire. Barème de l'article 53 + indemnité abusive fixée souverainement par le juge (art. 41).
Sources juridiques :
6. CNSS et AMO au Maroc
La CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) et l'AMO (Assurance Maladie Obligatoire) sont régies par la Loi 98-015 (1999) et le Dahir n° 1-05-197 (2005). Depuis 2005, l'affiliation est obligatoire pour tout employeur dès l'embauche du premier salarié (art. 4 Loi 98-015). Le défaut d'affiliation est sanctionné pénalement : amende de 1 200 à 5 000 MAD par salarié non déclaré (art. 105 Loi 98-015).
Les cotisations sociales (taux en vigueur en 2025) sont réparties entre employeur et salarié :
Les prestations CNSS sont : pension de retraite (art. 60), pension d'invalidité (art. 65), pension de survivants (art. 76), allocations familiales (450 MAD/enfant, plafonnées à 6 enfants, art. 41), allocations pour perte d'emploi (art. 51, 70 % du salaire moyen pendant 6 mois renouvelables).
L'AMO prend en charge 70 à 100 % des soins hospitaliers, médicaments, consultations, analyses, selon la pathologie et le statut ( maladie ordinaire 70 %, maladie longue durée 100 %, maternité 100 %). Le taux de remboursement et le ticket modérateur sont fixés par arrêté du Ministère de la Santé.
L'âge légal de la retraite au Maroc est de 60 ans (art. 59 Loi 98-015). Une retraite anticipée est possible à 55 ans pour les carrières longues (168 trimestres minimum, décret n° 2-23-770 de septembre 2023) avec une décote de 5 % par année d'anticipation, dans la limite de 25 %.
Le montant de la pension de retraite est calculé selon la formule : (salaire moyen des 96 derniers mois × taux de pension × années de cotisation) / 100. Le taux de pension est de 2 % par année pour les 5 premières années, puis 2,5 % au-delà (art. 60). Le taux maximum est de 70 % du salaire de référence (art. 60).
Taux de cotisation global 2025
~26,94 % du salaire brut (CNSS 12,89% + AMO 7,10% + IPE 1,06% + allocations 5,89%). Plafond CNSS : 6 000 MAD.
Retraite anticipée (2023)
Possible dès 55 ans avec 168 trimestres. Décote 5%/an, max 25%. Décret n° 2-23-770 de septembre 2023.
Sources juridiques :
7. Tribunal social / prud'hommes au Maroc
Le tribunal social (anciennement conseil de prud'hommes) est compétent pour les litiges individuels nés du contrat de travail : salaire, heures sup, congés, licenciement, indemnités, harcèlement, discrimination. Sa création remonte à 2004 (Loi 65-99 art. 349), en remplacement du conseil de prud'hommes institué en 1947.
La composition du tribunal social est paritaire : juges issus du tribunal de première instance (président) + assesseurs employeurs + assesseurs salariés (art. 350). Les assesseurs sont élus pour 4 ans. La représentation par avocat n'est pas obligatoire en première instance (art. 352) mais est fortement recommandée, le débat portant sur des calculs complexes.
La procédure est gratuite et non-prescrite pendant la phase de conciliation (art. 352-1). Le délai de prescription d'un an (art. 357) est suspendu pendant la tentative de conciliation. La procédure comporte trois phases :
Le pourvoi en cassation est possible devant la Cour de Cassation, chambre sociale, dans les 30 jours de l'arrêt d'appel. La Cour de Cassation ne juge pas les faits mais uniquement le droit (violation de la loi, incompétence, excès de pouvoir).
Les statistiques du Ministère de la Justice (rapport 2023) : 65 421 affaires pendantes au 31 décembre 2023, dont 41 205 nouvelles. Durée moyenne d'une procédure : 18 mois en première instance, 30 mois avec appel. Taux de conciliation : 9,2 %. Taux de succès des salariés : 67 % des jugements au fond.
Durée moyenne prud'hommes
18 mois en 1ère instance, 30 mois avec appel. Taux de succès des salariés : 67 % (rapport MJ 2023).
Sources juridiques :
8. Syndicat et droit de grève au Maroc
Le droit syndical au Maroc est reconnu par la Constitution (article 29 de la révision de 2011) et codifié par le Dahir n° 1-57-135 du 28 avril 1957 sur les syndicats professionnels. Tout salarié peut librement adhérer à un syndicat sans autorisation préalable de l'employeur (art. 5 du Dahir de 1957).
Les syndicats les plus représentatifs au Maroc sont l'UMT (Union Marocaine du Travail, fondée 1955), la CDT (Confédération Démocratique du Travail, 1978), l'UGTM (Union Générale des Travailleurs Marocains, 1960), l'UNMT (Union Nationale Marocaine du Travail, 2013), la FDT (Fédération Démocratique du Travail, 2017) et l'UBT (Union des Bosseurs de Travailleurs). Les élections syndicales de 2022 ont confirmé la prédominance de la CDT (35 % des voix), UMT (24 %) et UGTM (18 %).
La représentation du personnel dans l'entreprise est régie par les articles 430 à 458 du Code du Travail. Les représentants syndicaux sont élus pour 4 ans dans toute entreprise de 10 salariés et plus. Le nombre de représentants varie selon l'effectif : 1 pour 10-100 salariés, 2 pour 101-200, 3 pour 201-300, etc. (art. 432). Les représentants bénéficient d'une protection contre le licenciement : licenciement interdit sans autorisation de l'inspecteur du travail (art. 446).
Le comité d'entreprise (art. 470 à 480) est obligatoire dans toute entreprise de 50 salariés et plus. Il comprend l'employeur, ses représentants et les représentants syndicaux. Il est consulté sur les licenciements économiques, les restructurations, la formation professionnelle, les conditions de travail.
Le droit de grève est reconnu par l'article 14 du Pacte International relatif aux Droits Économiques, Sociaux et Culturels (PIDESC, ratifié par le Maroc en 1979) et l'article 29 de la Constitution de 2011. Toutefois, il n'existe pas de loi organique sur le droit de grève, malgré l'obligation constitutionnelle (article 29 al. 2). En pratique, la grève est régie par les principes généraux du droit du travail et la jurisprudence.
Les principes jurisprudentiels applicables : préavis de grève de 7 jours (jurisprudence constante, non codifié), interdiction de grève politique, interdiction de grève dans les services publics essentiels (justice, police, santé d'urgence), grève de solidarité admise sous conditions, piquets de grève non violents autorisés. Le salarié gréviste n'est pas rémunéré pendant la grève (jurisprudence Cour Suprême 1978). Le licenciement pour participation à une grève licite est abusif (art. 41 du Code du Travail).
Pas de loi sur la grève
Malgré l'article 29 de la Constitution de 2011, le Maroc n'a toujours pas voté de loi organique. La grève est régie par la jurisprudence.
Sources juridiques :
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